ACTES
DEUXIEME JOURNÉE
Evaluation
des pratiques et
Il y a une quinzaine d'années, les professionnels de la naissance ont souhaité pouvoir disposer de leurs données scientifiques pour mieux connaître leurs pratiques et, dans le cadre de lAssociation AUDIPOG, ont élaboré un " dossier périnatal commun informatisé ". En 1993, Nicole Mamelle nous a proposé de mettre en place un Réseau Sentinelle de maternités réunissant des volontaires des établissements privés ou publics. Pour cela, chaque établissement devait saisir et transmettre ses données concernant tous les accouchements réalisés au mois de janvier de chaque année. Ce réseau sentinelle des maternités publiques et privées réunit ainsi 10 000 naissances chaque année en provenance de toutes les régions de France. Le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) a reconnu notre système comme un outil de surveillance et dévaluation des pratiques dans notre spécialité, nous faisant ainsi bénéficier d'une sorte de label de qualité. Sur la centaine de maternités participantes chaque année, 32 maternités proviennent de la Région Ile de France ( 21 publiques et 11 privées). Par ailleurs, certains Réseaux de soins, notamment en Ile de France, ont choisi notre système dInformations Périnatales pour évaluer le Réseau et surveiller les pratiques au sein du Réseau. Nous allons vous monter comment les médecins libéraux dIle de France peuvent, grâce à ce système, contribuer à l'évaluation des pratiques et des réseaux des soins périnatals ? Avec quelles méthodes d'évaluation ? Avec quels outils d'évaluation ? Quels sont les outils apportés par l'AUDIPOG ? Mme
Nicole MAMELLE : L'autre volet, est celui " l'évaluation " des techniques médicales : qualité d'une nouvelle méthode diagnostique, d'une nouvelle technique de prise en charge, efficacité d'une thérapeutique ou d'une mesure de prévention. Il faut y ajouter la dimension, tout à fait nouvelle d'un point de vue méthodologique, de l'évaluation de l'organisation des soins et des politiques de santé, et en particulier de la " mise en réseau de soins des maternités ". En ce qui concerne la surveillance des indicateurs de recrutement, de pratiques et de résultats, nous allons vous présenter quelques analyses faites à la demande de l'Union Régionale des Médecins Libéraux d'Ile-de-France et portant sur les maternités privées d'Ile-de-France participant à ce réseau. A titre de comparaison, nous avons procédé aux mêmes analyses sur les maternités, publiques et privées, participant au Réseau Sentinelle en Ile-de-France. Toutes les données relatives à lensemble du Réseau Sentinelle ont été obtenues après application de techniques de redressement d'échantillons afin de respecter les distributions daccouchements par région et type détablissement, et sont ainsi valables au niveau national. En 1995, notre Réseau a fourni des indicateurs de santé périnatale qui étaient, à la virgule près, les mêmes que ceux de l'enquête périnatale DGS- INSERM. En revanche, les chiffres fournis pour les maternités privées dIle de France sont donnés à titre indicatif, en raison de la non-exhaustivité des maternités participant au Réseau. Notre présentation sera donc seulement illustrative dune démarche de surveillance des pratiques. Dr
Marc-Alain ROZAN : Le tableau suivant décrit des caractéristiques de recrutement qui peuvent avoir une incidence sur les pratiques : Notre proportion de femmes présentant un utérus cicatriciel ne diffère pas de celui observé dans lensemble des maternités franciliennes, mais ce chiffre est un peu supérieur à celui observé au sein du Réseau. Nos maternités ont aussi la même proportion de femmes "primipares à bas risque " que dans lensemble du Réseau. En revanche, on voit, sur le tableau suivant, que nos pratiques diffèrent sensiblement de celles observés dans les maternités franciliennes et en France : un peu plus de déclenchement artificiel du travail, un peu plus de césarienne avant travail et au total plus de césarienne. Est-ce qu'on césarise plus en Ile-de-France que dans les autres régions ? Pourquoi ? Il faut analyser ce résultat et comprendre pourquoi. La démarche suivante que nous voulons vous montrer concerne la surveillance des pratiques au sein d'une maternité, grâce à la confrontation à ses indicateurs à ceux des maternités privées Ile-de-France ou à ceux de lensemble du Réseau Sentinelle. Les tableaux suivants illustrent la manière dont une maternité peut sinterroger sur ses pratiques : Soit une maternité X, dont nous ignorons bien entendu lidentité (les données sont anonymisées). Son taux dintervention voie basse est de 25% contre 17% au sein des maternités franciliennes et au sein du Réseau Sentinelle ; et son taux de césarienne de 26% contre 17% dans les maternités franciliennes et 15% au sein du Réseau. La maternité X peut alors se poser des questions : est-ce son recrutement ? Est-ce sa localisation géographique ? Est-ce qu'elle a une population particulière ? Est-ce en raison des attitudes médicales par les professionnels ? Est-ce un problème médico-légal ? Les analyses menées à partir du fichier informatisé de cette maternité pourrait lui révéler que son recrutement diffère notablement de celui des autres maternités du Réseau, en ce qui concerne la proportion de femmes ayant un utérus cicatriciel. Est-ce tout simplement parce que l'équipe, ayant l'habitude de faire des césariennes, est ainsi à lorigine dun surcroît dutérus cicatriciels lors des grossesses suivantes des patientes ? La maternité peut aussi sinterroger sur ses pratiques, face à une situation clinique donnée. Le tableau suivant montre que, dans cette maternité, les pratiques de césarienne avant travail sont plus fréquentes face à une présentation du siège ou un utérus cicatriciel que dans lensemble du Réseau. Ces observations rejoignent les débats, lors de certains congrès, où certains orateurs disent : "tout siège doit avoir une césarienne, parce qu'elle peut être préparée", alors que dautres sont dun avis contraire. La question est alors de savoir quel est le protocole de la maternité sur ce problème et si ce protocole est suivi. Enfin, la politique de santé, elle-même, peut influencer les résultats : la situation peut être débattue au point de vue sécurité, au point de vue coût et au point de vue de lorganisation des soins dans léquipe. Faut-il faire une césarienne le matin " dans de bonnes conditions " plutôt qu'à 3 heures du matin avec des risques pour l'enfant ? Enfin, face à des femmes primipares à bas risque, quelles sont les pratiques de la maternité X : Ce sous-groupe est particulièrement intéressant à analyser, car on peut peut sattendre à ce que toute primipare " à bas risque " ait la même probabilité davoir une césarienne quelle que soit la maternité. Or, lanalyse montre que, dans cette situation, la maternité X pratique 2 fois plus de césarienne que lensemble du Réseau Sentinelle. Voilà donc une démarche de surveillance des pratiques au sein dune maternité qui lui permet de s'interroger elle-même, quil sagisse de son comité médical d'établissement, de l'équipe médicale, ou des sages-femmes, tout le monde est amené à se poser ces questions et à tenter dexpliquer les différences observées par rapport à une référence extérieure. Mme
Nicole MAMELLE : Je reprends, en quelques mots, ce qui a été dit précédemment par les autres orateurs, un réseau de soins périnatal, c'est d'abord la formalisation de relations de collaboration entre les professionnels, mais c'est aussi létablissement de critères d'orientation des femmes enceintes vers les maternités de niveaux 1, 2 ou 3, selon leur niveau de risque. Ce point fondamental qui n'a pas été abordé très précisément lors de la conférence de consensus organisée en décembre dernier par le CNGOF est pourtant un élément indispensable de lévaluation des Réseaux. Instaurer un Réseau de Soins Périnatal, cest aussi létablissement, avant la mise en place effective du réseau, d'un protocole d'évaluation de ce réseau, pour rompre avec l'habitude française de mettre en place une politique de santé, sans se donner les moyens d'en connaître l'efficacité. Enfin, le dernier point, c'est la mise en place d'un Système dInformations Périnatales commun, comme cela a déjà été cité par les autres orateurs, qui permette de communiquer entre les différentes maternités, des informations structurées de la même façon facilitant la transmission et les analyses communes. Sagissant des critères d'orientation : je voudrais revenir un tout petit peu sur cette question, qui ne concerne pas seulement, comme on l'entend souvent dire, les pathologies pour lesquelles il est nécessaire qu'une femme enceinte soit suivie dans une maternité de niveau 2 ou niveau 3, mais aussi le repérage des femmes à bas risque, de façon à réorienter vers une maternité de proximité mieux adaptée à cette grossesse sans problème, les femmes qui viendraient spontanément consulter en niveau 3. Or, c'est une nécessité absolue pour le bon fonctionnement des services de néonatologies, que les maternités de niveau 3 ne jouent le rôle de maternité de proximité que pour les femmes habitant dans leur circonscription et n'explosent pas sous la demande de femmes à bas risque venant dailleurs. De plus, il est hautement souhaitable de disposer de critères communs dun réseau à lautre. Car si lon veut savoir si la mise en réseau de soins des maternités est une politique efficace en termes de santé de la mère et de l'enfant, il faudra avoir à la fois des informations sur le fonctionnement du réseau mais aussi sur les critères qui ont permis ces orientations. Je prends ici argument sur ce qui a été fait à propos du dépistage du cancer du sein : ayant été chargée de faire l'évaluation comparative de dix premiers programmes, dans 10 départements, je me suis heurtée à une impossibilité de comparaison de l'efficacité et de la pertinence des modèles de dépistage, parce que les critères d'inclusion dans les programmes variaient d'un département à l'autre. Le protocole d'évaluation doit aussi préciser les critères d'efficacité de la politique en termes de modification des pratiques médicales, en donnant aux maternités un outil de surveillance de ses pratiques, comme vous la montré Marc Alain Rozan, au début de cette présentation. Mais, évidemment, le but de cette évaluation est de montrer l'efficacité de la mise en réseau de soins sur la santé des mères et des enfants. Pour cela, nous avons impérativement besoin de disposer d'un système d'information, sur les pratiques et sur les résultats et d'utiliser un protocole de type avant/après, comme on dit en épidémiologie. La mise en place dun tel protocole dévaluation impose de connaître les indicateurs de santé périnatals au sein des maternités d'un réseau de soins avant sa mise en place, sinon, on n'aura aucun moyen de savoir s'il y a eu une efficacité de cette politique. Donc, il y a une nécessité aujourd'hui, je dirais une urgence, de faire le point de la situation périnatale au sein des maternités qui se mettent en réseau actuellement, afin de se donner le moyen de détecter une évolution de ces indicateurs année après année, et danalyser la part de la mise en Réseau dans cette évolution. Cest ce que nous proposons, dans notre protocole dévaluation qui est a été retenu actuellement dans cinq réseaux en France. Techniquement, cette mise en commun de données initiales en provenance des maternités dun Réseau Périnatal peut se faire à partir des fichiers des maternités déjà informatisées ou à partir dune saisie sur le site Internet AUDIPOG que je vous le montrerai tout à lheure. Dr
Marc-Alain ROZAN : En revanche, le Système dInformation conçu par l'AUDIPOGet le CNGOF est un système cohérent et communicant, comprenant des données médicales depuis le début de la grossesse. Jusquau transfert éventuel du nouveau-né. On parle disposera ainsi de la traçabilité de la femme enceinte depuis la grossesse jusquau nouveau-né en néonatologie. A ce " dossier périnatal commun " correspondront des logiciels compatibles permettant la saisie, le traitement et la mise en commun des données au niveau dun Réseau Périnatal et/ou du Réseau Sentinelle AUDIPOG.. Je repasse la parole à Nicole Mamelle pour la démonstration du site Internet AUDIPOG. Mme
Nicole MAMELLE :
Sans mattarder sur le premier point, je ferrai la démonstration dune interrogation de tableaux statistiques : affichage à lécran de l'évolution de 1994 à 1998 d'un paramètre de recrutement important qui influe sur les résultats périnataux, l'âge des primipares : le pourcentage de femmes de moins de 25 ans chez les primipares est passé en 1994 de 35% à 22% en 198. Sans tenir compte dune telle évolution, on pourrait croire que la politique de santé est inefficace, alors qu'en réalité ce sont les femmes j'ai envie de dire qui marchent contre nous en ayant des enfants de plus en plus tard . La deuxième possibilité offerte est laccès à la base de données, elle-même, c'est-à-dire la possibilité dinterroger la base de données, selon la question que vous avez envie de vous poser, vous, praticien. A titre dexemple, une question est posée dans la salle concernant le mode daccouchement des primipares de plus de 40 ans. Lanalyse est faite à la demande et le graphique saffiche à lécran. La dernière chose que je voudrais vous montrer et j'en terminerai, c'est de vous montrer un écran de saisie. Actuellement des maternités, ne disposant pas encore dun logiciel spécialisé, ont choisi de saisir leurs données sur le site Internet, afin de participer à lévaluation de leur Réseau de Soins Périnatal. Il faut cinq minutes pour saisir une grossesse à partir d ces écrans. Un
Intervenant : Mme
Nicole MAMELLE : Un
Intervenant : Un
Intervenant : Dr
Michel SFEZ : M.
Jean-Pol DURAND : Intervenant : ******************* M.
Jean-Pol DURAND : M.
Gilles POUTOUT : A partir de là, on doit faire face à un vrai fouillis de textes. Au cours de cette journée, les ordonnances d'avril 96 ont été citées à plusieurs reprises. Il y a l'ordonnance de l'hospitalisation qui parle des réseaux hospitaliers auxquels peuvent effectivement adhérer des médecins libéraux, mais qui sont agréés par l'Agence régionale d'hospitalisation, et puis de l'autre côté il y a les réseaux dits expérimentaux, plutôt orientés vers la ville, qui remontent vers le ministre par tout un processus en passant par la commission Soubie, le Conseil d'orientation des Filières et Réseaux de Soins. En Ile-de-France la situation est plus complexe encore : il y a 25 000 médecins, plus de 400 établissements publics et privés, plus d'institutions également. D'où l'idée d'adopter une procédure commune d'aide et d'agrément des réseaux en regroupant toutes les instances existant au sein de l'agence régionale d'hospitalisation et de l'URCAM, (c'est-à-dire grosso modo l'assurance maladie dans toutes ses composantes, régime général, MSA, etc). Cela permet de clarifier la situation : tout le monde, tout promoteur, à un moment donné, doit avoir un interlocuteur unique, quel que soit par ailleurs le suivi institutionnel sur le terrain. Il y a des contacts entre les promoteurs et les caisses primaires, les DDASS, les conseils généraux. Il est possible et même souhaitable de continuer de cette façon, mais au niveau régional, il y a une désormais une coordination qui permet à tout moment de dire quelles sont les orientations prioritaires qui ont été retenues pour le développement des réseaux, quels critères d'organisation les réseaux doivent respecter etc. Notre idée est de constituer un comité régional des réseaux, regroupant les représentants des institutions et des professionnels. Ce comité pourrait être mis en place assez rapidement, afin de disposer notamment d'une procédure qui permette de donner des avis au comité Soubie, au ministre, aux directeurs d'agences, toutes les personnes qui agréent. Nous souhaitons que ce comité régional des réseaux soit mixte. Nous sommes en cours de négociation avec l'ensemble des partenaires : l'assurance maladie et les institutions d'Etat, d'une part, qui représentent la moitié de ce comité, et de l'autre les représentants des établissements et les représentants des libéraux. Ce sera un comité technique, (probablement un peu moins d'une vingtaine de membres) qui discutera concrètement des dossiers, donnera un avis. Cela permettra d'aider et de clarifier, de fluidifier, l'ensemble des procédures d'agrément, et le cas échéant le financement. M.
Jean-Pol DURAND : M.
Gilles POUTOUT : M.
Jean-Pol DURAND :
Docteur
Marc Alain ROZAN
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