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ACTES
DEUXIEME JOURNÉE
SANTÉ PUBLIQUE ET MÉDECINE LIBÉRALE
Le
dépistage du cancer colorectal
Dr Thierry GOMBEAUD
Mon
ambition est de vous faire part de quelques réflexions sur les difficultés
à faire rentrer les problèmes de santé publique dans un cabinet médical
et dans une consultation. Notre réseau sur le cancer colorectal a
douze ans. Patrick de la Selle et moi-même faisions à l'époque partie
de ceux qui pensaient qu'il fallait regrouper les médecins, parce
que les difficultés qu'ils rencontrent sont encore significatives.
L'initiative
du projet est une initiative de terrain. A
sa création nous avions six conditions qui restent toujours
valables :
1°)
la création d'une structure juridique adaptée : la loi de 1901 permet
de bénéficier de subventions, qu'il s'agisse de municipalités, du
département de Seine-Saint-Denis, de la Ligue de recherche contre
le cancer, etc.
2°)
la formation des professionnels. Pour qu'il y ait réseau, il faut
qu'il y ait unicité dans les démarches. La formation des professionnels
doit être continue et elle se fait en fonction des résultats. Ces
derniers doivent être centralisés.
3°)
le troisième élément, c'est un respect du cahier des charges. Vous
savez que le test Hémoccult qui a servi de base à notre système
de prévention nécessite un certain nombre de conditions pour son
application : il s'agit de l'âge des patients et le choix de
personnes à qui doit être proposé ou non ce test avec la centralisation
de la lecture, des résultats.
4°)
la prise en compte de l'ensemble des problèmes posés par le cancer
colorectal. Ce réseau n'avait pas comme objectif de se limiter à
distribuer des tests mais aussi d'aborder avec les professionnels
l'ensemble des problèmes posés, c'est-à-dire le toucher rectal,
les risques familiaux, etc.
5°)
la gratuité des tests. Ce qui implique une politique de subvention.
6°)
Enfin, l'objectif n'était pas de réaliser une étude épidémiologique.
Notre objectif n'était pas de faire baisser l'incidence du cancer
colorectal en Seine-Saint-Denis, même si probablement cela a été
en partie le cas, mais simplement d'aider les praticiens dans leur
pratique quotidienne.
Ces
six conditions sont réunies depuis 1987. Environ 200 tests ont été
réalisés en 1987, contre 850 en 1998. Mais ce n'est pas tant le nombre
de tests qui est notre préoccupation fondamentale que le fait que
170 médecins, soit 17 % des médecins généralistes du département
ont prescrit des tests et surtout 400 d'entre eux, c'est-à-dire 40 %
des médecins généralistes du département ont bénéficié d'une formation
sur le cancer colorectal.
Les
résultats obtenus sont comparables à ceux des grandes études internationales
sur ce type d'opération : le taux de positivité est inférieur à 3 %,
l' acceptabilité des examens est supérieure à 75 %, nous retrouvons
bien entendu des cancers, des gros polypes et une soixantaine de coloscopies
qui ont été normales. Le coût de cette opération par test réalisé
et lu est de 170 F ce qui constitue un seuil minimum, difficile
à réduire.
Quelles
sont les difficultés qui ont été rencontrées ?
1°)
les patients ont bien accepté le test proposé par le médecin généraliste.
2°)
En revanche le problème des praticiens est plus complexe. Un test
correctement prescrit dans le cadre du cahier des charges revient
positif dans 3 % des cas, c'est-à-dire que chaque praticien
réalise un grand nombre de tests pour vérifier le bénéfice pour
le patient. Autrement dit, d'un point de vue statistique il faut
réaliser 100 tests pour percevoir le bénéfice pour 1 patient.
3°)
Comment cela se passe-t-il pratiquement ?
Un
petit groupe de médecins généralistes se constitue pour suivre une
formation. Celle-ci est réalisée par des médecins coordinateurs
(rémunérés par le programme) par secteurs, le département ayant
été divisé en plusieurs secteurs.
En
général les praticiens qui participent à ces formations prescrivent
une trentaine des tests avec un certain enthousiasme au démarrage,
puis cette prescription diminue au fil des semaines, chaque praticien
diminue son activité.
Les
plus motivés prescrivent depuis une douzaine d'années, mais globalement
la moyenne de prescription se chiffre à 20 à 30 têtes par praticien
l'abandon est progressif. Pour quelles raisons ? Y a-t-il un
problème dans la durée en matière de prévention ?
Prescrire
un test de dépistage du cancer colorectal prend environ ¼ d'heure,
c'est-à-dire que pour voir le bénéfice et assurer le rendu, si l'on
se réfère au chiffre précédemment donné (une centaine). Une semaine
de travail, 100 fois 1/4 d'heure, enfin une courte semaine de travail,
pour voir un bénéfice sur un seul patient. Cela explique bien la
difficulté de faire admettre un acte de prévention dans une consultation.
Quelle
solution à ce problème ?
La
première : c'est la relance des activités. Chaque fois que nous constatons
une baisse d'activité chez un médecin, les médecins coordinateurs
de secteur essaient de relancer l'opération. Mais cela n'empêche pas
une certaine lassitude.
La
deuxième solution, c'est la valorisation du travail du médecin prescripteur.
Les avis sont partagés dans notre association sur l'opportunité de
valoriser ou non financièrement la participation. Si nous proposons
20 F ou 30 F par test réalisé, nous nous engageons dans
une voie qui amènerait à terme à rémunérer tous les dépistages.
L'acte
de prévention fait partie de l'acte médical, et doit être valorisé
dans le cadre de l'acte médical et pas autrement. Pourquoi ne pas
réfléchir à une valorisation de l'acte de prévention par les points
de FMC.
Notre
réseau est complètement médical, orienté vers une pathologie. Cela
inclue une formation, cela permet de regrouper des médecins de mode
d'exercices complètement différents, et à l'avenir nous serons probablement
amenés à aller au-delà du cadre du cancer colo rectal, pour nous occuper
également de la prévention d'autres cancers, tels que le sein et l'utérus,
en liaison avec notre actuel partenaire, financier, qui est le Conseil
Général.
En
revanche, il est certain que la structure en réseau ne permet pas
d'éviter que les praticiens aient du mal à intégrer dans leur pratique
un travail supplémentaire, même s'il s'agit de santé publique, parce
que pas plus que leur patient, ils n'en voient le bénéfice.
Cependant,
on peut se poser la question de savoir, si un tel réseau a comme objectif
de faire de l'épidémiologie ou simplement d'aider les praticiens dans
leurs activités quotidiennes. A ce jour, nous restons à cette deuxième
hypothèse : aider les praticiens qui le désirent à faire de la
santé publique quand ils en ont la possibilité matérielle et le temps.
M.
Jean-Pol DURAND :
Vous
dites que vous n'avez pas voulu rétribuer la prescription de
ce test de dépistage. Est-ce une décision unanime de tout le réseau
ou uniquement celle des dirigeants en préférant une valorisation de
l'acte différent ?
Dr
Thierry GOMBEAUD :
Il
aurait été envisageable vis-à-vis de nos tutelles de financer ce type
d'opération par test rendu au centre de lecture. Cela ne représente
pas de difficulté technique. Il nous a semblé que cela ne paraissait
pas d'actualité. S'engager dans un processus qui conduit à dire que
dans un acte médical il y a une part spécifique prévention, qui a
un prix, on peut l'envisager dans le cadre d'une consultation spécifique
de prévention, une fois par an, c'est peut-être envisageable, mais
une part spécifique Hémoccult, il me semble que ce serait parcelliser
l'acte. Mais il faudrait en parler peut-être plus activement avec
les syndicalistes.
Par
ailleurs, le fait de financer le test est une incitation à la prescription
qui peut interférer sur les résultats, alors que l'objectif est de
respecter un cahier des charges extrêmement strict.
Une
partie de notre travail, grâce à l'informatique, a été d'informer
l'ensemble des opérateurs de l'ensemble des résultats pour qu'ils
ne se sentent pas isolés avec leurs 30 tests et qu'ils sachent
bien que sur les 1 000 tests ou les 2 000 tests réalisés
périodiquement, ils ont l'ensemble des informations. Mensuellement
ils reçoivent les tableaux, les graphiques, les couleurs, les camemberts.
Mais ce que recherche le praticien c'est le bénéfice direct pour son
patient, et c'est toujours démotivant pour le praticien de constater
qu'il prescrit énormément, et que finalement il ne reçoit que mensuellement
des tests négatifs. C'est une des difficultés, que l'on rencontre
dans toutes les opérations de santé publique il faut donc travailler
sur la durée.
M.
Jean-Pol DURAND :
Comment
réagissez-vous en entendant les exposés des projets très ambitieux
de vos confrères? En disant bon courage ?
Dr
Thierry GOMBEAUD :
Non pas
du tout.
Il
y a une demande pressante des tutelles en faveur de la structure en
réseau, plus facile à orienter, à contrôler, à gérer, à surveiller
au niveau des coûts. Je comprends tout à fait que les confrères participent
à ce mouvement plutôt que de le subir. C'est tout à fait légitime
.
Le
vrai problème à mon avis est celui de la santé publique dans le cadre
du cabinet médical, ce qui pose des problèmes pratiques qu'un réseau
regroupant 1 000 médecins ne permettra pas de résoudre.
Ce qui intéresse le patient c'est de savoir s'il a du sang dans ses
selles et s'il y a un cancer derrière, pas de savoir s'il est dans
une structure en réseau regroupant x millions de personnes. Cela
dit, je ne suis pas pessimiste.
Docteur
Thierry GOMBEAUD
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