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ACTES
DEUXIEME JOURNÉE
SANTÉ PUBLIQUE ET MÉDECINE LIBÉRALE
Réseau et formation :
une expérience en médecine libérale
PARIS XVII
Dr Gérard LYON
Je
suis président d'une Amicale de Médecins du XVIIe arrondissement
de Paris qui rassemble 150 médecins toutes spécialités confondues.
Nous avons un projet dans le XVIIe arrondissement qui sera
présenté lors de cette journée. Je suis également secrétaire général
de la Fédération des Amicales de Paris, la FAMP, présidée par le docteur
Gilles Errieau, médecin généraliste dans le XIVe.
J'organisais
des séances de formation continue conventionnelles. Depuis le plan
Juppé nous sommes un petit peu " en manque ".
La formation continue, j'en fais depuis que je suis médecin. C'était
d'abord de la formation initiale. Je pense que comme tous les médecins
présents dans la salle nous nous formions d'une façon tout à fait
naturelle sans attendre la loi. Cest toujours un peu désolant
d'en arriver à imposer une loi, même si actuellement celle-ci ne s'applique
pas.
Le
réseau, nous en faisons tous, comme M. JOURDAIN faisait de la
prose sans le savoir. La culture médicale passe par le réseau. Quand
je me suis installé dans le XVIIe arrondissement il
y a vingt ans, je ne connaissais personne. Depuis j'ai rencontré des
professionnels de santé de mon quartier, que ce soient des médecins,
des généralistes avec qui je peux avoir des relations conviviales
et d'échange, de remplacement, mais aussi des spécialistes, des infirmières,
des kinésithérapeutes, des hospitaliers, ainsi j'ai constitué mon
propre réseau.
Dans
le cadre de la FAMP, juste après la promulgation du plan Juppé, nous
avons uvré pour être reconnus comme association de formation.
Nous avions organisé par le passé de nombreuses journées de formation
conventionnelles au cours desquelles nous avons abordé, tous les sujets :
le sida, la toxicomanie, l'analyse critique, l'alcoologie, etc. Nous
étions donc performants sur ce plan, et nous avons eu la possibilité
de siéger au conseil régional de FMC.
L'Amicale,
et une autre association de FMC "Dialogue entre praticiens",
toutes les deux très actives dans le XVIIe ,nous ont
peut-être aidées à être des précurseurs, en prenant l'habitude
de faire des réunions en commun.
A
l'issue d'une réunion sur l'économie de santé, que nous avions organisée
pour combler les lacunes de la formation des médecins, nous avons
été quelques-uns uns à décider de créer un réseau de soins coordonné
de professionnels de santé, "Alpha Médica", prenant en charge
le patient dans sa globalité. Il est difficile de couper le malade
en organes et je pense que l'avenir est au réseau qui prend en charge
globalement le patient. Il ne peut y avoir la gériatrie d'un côté,
l'hépatite virale de l'autre, le sida de l'autre
Mais
ce n'est pas simple de créer un réseau. Nous sommes tous d'accord
sur l'évaluation, l'efficience, encore faut-il faire venir à nous
les professionnels de santé qui veulent bien travailler ensemble dans
le cadre d'un réseau, parce que nous avons été formés avec une culture
très individualiste.
Je
suis médecin, j'ai été formé pour pratiquer la médecine, seul, dans
mon cabinet médical. De plus nous avons créé ce réseau au moment du
plan Juppé, ce qui a peut-être perturbé les médecins qui vivaient
une remise en question de leurs pratiques, de leur façon de pratiquer
avec l'inquiétude de l'avenir et de ce qui est nouveau, parce que
les médecins sont des hommes comme les autres : ils craignent
les changements.
Il
est donc important de créer et de développer une culture d'entreprise,
au sens propre du terme : entreprendre dans la santé, créer une dynamique
d'entreprise. Ce réseau pourrait correspondre à une clinique virtuelle
ou à un hôpital virtuel.
L'aspect
informatisation du plan Juppé a été pour nous une opportunité puisque
elle est ou sera obligatoire. Nous avons pensé que le réseau pouvait
se développer par le biais de l'informatique, en nous équipant tous
de la même façon et en communiquant entre nous par un système Intranet
médical sécurisé.
Mais
ceci n'est pas évident, parce que les médecins de ma génération ont
, pour certains , peur de l'ordinateur. Il est vrai que les médecins
s'y mettent, dautres ont pris le Mica parce qu'ils ont eu des
craintes de ne pas pouvoir sadapter, qu'ils n'ont pas voulu
continuer. J'aurais besoin d'une formation professionnelle à l'informatique
très simple : qu'est-ce qu'un ordinateur ? Comment l'utiliser ?
Apprendre à communiquer par Internet.
J'ai
fait de longues études de médecine mais je n'ai jamais appris ce que
coûtait la santé, le prix des examens, le prix d'une hospitalisation
dans le public, dans le privé, comment fonctionne l'industrie pharmaceutique,
ce que coûtent les médicaments (tous les jours on nous accuse de dépenser
trop ,de prescrire trop et trop cher). Or, depuis quelques années,
nous avons bien compris que nous étions très impliqués en tant que
professionnels de santé dans l'économie de santé. On nous implique
à tel point, que dans quelques temps peut-être, nous serons amenés
à gérer des enveloppes.
Je
ne sais pas comment fonctionne une caisse de sécurité sociale, qui
sont les administrateurs, qui décide des budgets, etc., je ne sais
pas non plus comment fonctionne une mutuelle, j'ai besoin de savoir.
Si je suis amené à être un intervenant dans l'économie de la santé,
je demande, ( j'espère que l'on me laccordera !) :une
formation à l'économie de la santé.
Je
pourrais revenir aussi sur la formation médicale professionnelle.
J'avais organisé une réunion qui a permis à tous les présidents d'Amicales
de rencontrer M. Kouchner au mois de juin dernier. Il nous a
fait le plaisir de venir avec Mme Dux, son bras droit. La formation
continue, pour lui, c'était :(enfin c'est comme cela que je l'ai
compris ) le retour à l'hôpital. Or nous avons tous eu l'occasion
dêtre formés à l'hôpital, et je ne suis pas sûr que notre formation
initiale a été parfaite. Bien sûr les temps ont certainement changé
depuis, mais retourner à l'hôpital, pour y faire quoi ? Les hospitaliers
sont-ils vraiment capables de savoir ce quest la médecine de
ville ?
M. Kouchner
était aussi pour la recertification tous les cinq ans. Mais qui nous
contrôlera ? Que feront les gens qui ne seront pas recertifiés ?
Et si tout le monde est recertifié, quelle en est l'utilité ?
Je
milite volontiers pour ce qui a été mis en place par le Conseil national
de FMC, les conseils régionaux de FMC : je demande à tous les
médecins qui participent à des réunions de formation que j'organise
de garder les attestations. ,nous rédigeons des pré-tests et des post-tests
, et nous effectuons une véritable évaluation de nos séances de FMC.
Je
suis médecin généraliste et je ne peux pas tout savoir, j'ai donc
besoin d'avis que je trouve auprès d'experts. Dans le cadre d'un réseau,
les spécialistes de ce réseau peuvent être nos experts.
Nous
avons pensé à une formation spécifique du réseau, les médecins du
réseau Alpha Médica, ont rédigé des protocoles diagnostics et thérapeutiques,
d'après les conférences de consensus, après avis d'experts hospitaliers
et nous allons nous conformer à ces protocoles de diagnostics et thérapeutiques.
Je
suis vraiment persuadé qu'Internet nous permettra d'organiser des
staffs virtuels autour de cas cliniques, et éventuellement de résoudre
ces cas cliniques difficiles, délicats avec des experts spécialistes
du réseau, libéraux ou hospitaliers, ou hors réseau, pourquoi pas ?Cest
la télémédecine. Cela permettrait en un temps limité certainement
d'apporter un plus à ma formation et à la qualité de la prise en charge
du malade.
Nous
avons créé sur le site Internet du réseau, un forum de discussion.
Je ne suis pas sûr que tous les médecins aillent sexprimer sur
le forum parce que là aussi cela demande une démarche, du temps, une
disponibilité, les médecins ne sont pas toujours prêts à se mettre
derrière l'écran pour écrire et parler sur le clavier de l'ordinateur.
L'information
médicale : il faut vraiment avoir la possibilité d'une information
de qualité, d'où l'intérêt d'une analyse critique par les participants
du réseau.
Nous
menons une réflexion avec le groupe de télécommunication qui s'occupe
du Réseau Santé Sociale sur la mise en place d'un module de formation
par l'informatique, où les besoins des professionnels de santé pourraient
être répertoriés par linformatique. Il est également possible
d'envisager de faire les pré-tests que nous réalisions sur papier
par ce biais et puis bien sûr après la réunion classique que j'organise
habituellement pour mon groupe, proposer des post-tests toujours par
le biais de linformatique ce qui permettrait de pratiquer une
évaluation en direct, et à plus long terme, six mois par exemple selon
les thèmes, de faire une nouvelle enquête pour vérifier si la formation
a été profitable ou non.
Je
milite volontiers pour le réseau dont je suis l'un des instigateurs.
Il est en mouvement, Nous y allons à notre rythme parce que les professionnels
doivent également travailler pour gagner leur vie et manquent parfois
de temps à consacrer à la mise en forme dun réseau. Donc nous
y allons doucement mais il est vrai que les professionnels de santé
sont très impliqués, vous tous présents dans la salle, tous ceux qui
sont intervenus depuis ce matin, malheureusement je voyais des malades
je nai donc pas pu assister aux différents exposés.
La
formation professionnelle doit être de qualité, il est hors
de question de ne pas faire de la qualité. Je ne vois pas qui pourrait
dire : "La qualité ça ne m'intéresse pas" mais
il est vrai que plus c'est de qualité, plus c'est excellent. Notre
réseau sengage à une formation professionnelle de qualité.
L'évaluation :
lun des intervenants vient de nous parler d'évaluation. Bien
évidemment, je pense que l'évaluation doit être permanente. Je ne
pense pas qu'elle doit être faite par les membres du réseau ,cela
serait trop facile. Il faut certainement qu'il y ait des évaluateurs
de l'extérieur qui puissent réaliser un audit, que ce soit sur la
formation, mais cela sera nécessairement dans dautres domaines
au sein du réseau. Et si lon veut que ce réseau ou d'autres
réseaux soient reconnus, il faudra réaliser une évaluation de la qualité
pour qu'ils soient accrédités.
Il
y a encore du chemin à parcourir. Si vous voulez nous rejoindre, nous
sommes partant, venez avec nous, il existe vraiment une dynamique
dans la réalisation de ce réseau " Alpha Médica ".
M.
Jean-Pol DURAND :
Vous
disiez que l'élément déclencheur a été une session de FMC sur l'économie
de la santé dans votre amicale? Qui était l'auteur de ce module
là ? Parce qu'il va falloir le dépêcher partout en France.
Dr
Gérard LYON :
Nous
étions accusés de toutes parts à ce moment là.
A
la pause j'ai déjeuné avec le représentant de la MSA d'Ile-de-France,
et je lui disais que j'avais beaucoup de mal à supporter les accusations,
la culpabilisation. Je n'ai rien fait de mal, jexerce mon métier,
j'essaie de faire le mieux, et je soigne les malades le mieux possible.
Je veux bien soigner au moindre coût, bien entendu, mais il est hors
de question de remettre en question la qualité de ce que je propose
aux patients. Donc à la suite d'attaques, peut-être un peu larvées
mais permanentes, concernant ces professions médicales qui dépensaient
sans compter, etc., j'ai voulu réaliser une réunion sur l'économie
de la santé.
Nous
avons soulevé un véritable tollé lorsque nous l'avons organisée :
les médecins étaient très mal à l'aise, parce qu'on leur mettait le
doigt là où cela faisait mal. C'était important de crever l'abcès
Les médecins seront toujours d'accord pour faire mieux si c'est possible
.
Léconomie
de la santé, ce n'est pas mon métier. Si je commence à pratiquer mon
métier en réfléchissant à "léconomie", je ne vais
plus faire de la bonne médecine. Je suis vraiment désolé, mais je
le vis comme cela. Quand je commence à compter, cela me met mal à
l'aise. Je me dis : "On ne va pas faire tel examen parce
quil coûte trop cher". Non ! Je ne suis pas d'accord.
Donc nous avons fait réagir les participants à cette réunion de formation,
et il est vrai quà cette occasion certains dentre nous
ont pu mettre le pied à l'étrier, dautres médecins étant complètement
en opposition à la mise en place du réseau .
Si
on me demande maintenant d'avoir un rôle dans l'économie de santé,
j'ai besoin d'avoir toutes les informations, sinon je ne suis pas
en situation d'égalité.
Personne
ne pourra soigner les malades si ce n'est les médecins, et il faut
arrêter de se culpabiliser, parce que nous aurons toujours besoin
de bons professionnels de santé, plus nous serons organisés, plus
nous serons structurés et plus nous serons écoutés. Le médecin lambda
tout seul dans son coin, bien sûr risque de disparaître, car il ne
représente rien en tant que groupe de pression Quand nous nous présentons
comme étant membre d'un réseau, alors on s'intéresse à nous qu'il
s'agisse des caisses ou bien des assureurs privés, des institutionnels,
de l'industrie pharmaceutique.
M.
Jean-Pol DURAND :
Est-ce
que cela a fait fuir des membres de l'amicale ?
Dr
Gérard LYON :
Non,
je ne crois pas. Je fais la différence entre les deux groupes : le
réseau et l'amicale. Les membres de l'amicale ont pu s'interroger,
ceux qui se sont impliqués dans le réseau ont peut-être été mis en
difficulté .Il ny a eu aucune obligation de choisir, nous sommes
dans le cadre dun volontariat.
Certains
membres de cette amicale ont considéré qu'ils allaient peut-être y
perdre dans la relation avec les confrères qui se sont engagés dans
le réseau. L'objectif n'était pas de faire un groupe de copains. Lors
d'une présentation au Conseil de l'Ordre, nous avons été accusés de
favoriser une sorte de compérage, mais pas du tout ! Nous réalisons
un réseau de soins coordonné comme il existe déjà mais de façon informelle
Il est question de faire avancer les choses, tout en respectant la
déontologie, de progresser, d'améliorer la pratique du médecin et
certainement aussi l'économie de la santé pour le bien du patient
, car sans lui nous nexistons pas.
M.
Jean-Pol DURAND :
Le
docteur Alain SEBAOUN a une multitude de titres, mais prend la parole
à cette tribune en tant que responsable de l'association UCLA, et
qui est promoteur d'un système d'informatique spécifique à la cardiologie
libérale qui s'appelle S.I.CARD.
Dr
Alain SEBAOUN :
La
cardiologie a effectivement deux associations principales : une,
qui est dominante, c'est le syndicat national des cardiologues, l'autre
qui est une société savante constituée essentiellement de cardiologues
libéraux, c'est le Collège. Ces deux associations se sont réunies
pour créer une "filiale" qui est chargée de l'ensemble de
l'informatisation, celle-ci devant servir à la fois aux évaluationss
économiques, aux travaux scientifiques et à l'épidémiologie. C'est
la raison pour laquelle une seule association nous a suffi et qu'il
ne fallait pas que chacun tire dans des directions différentes.
Pour
nous, les principes d'une informatisation réussie supposent qu'elle
soit prise en charge par la profession elle-même. Vous savez à quel
point les médecins ont très peur de l'informatisation, de ses conséquences,
de la concentration des données et de l'exploitation qui peut en être
faite, tout le monde fait le même constat.
Comme
la langue d'Esope, c'est à la fois la meilleure et la pire des choses
et les médecins, lorsqu'ils ne connaissent pas l'informatique, voient
essentiellement le danger et pas trop l'intérêt. C'est la raison pour
laquelle il nous semble essentiel que l'informatisation d'une profession
soit prise en charge par elle-même, et que chaque médecin puisse y
trouver un intérêt personnel, individuel.
Vous
ne pouvez pas faire et demander une informatisation à l'ensemble des
médecins en leur disant : "C'est l'intérêt national,
c'est l'intérêt collectif", il leur faut un intérêt personnel,
immédiat, évident, et il faut le prouver.
Autre
point fondamental, l'informatisation ne doit pas être l'outil de tel
ou tel groupe, pour servir tels ou tels intérêts, sinon c'est évidemment
la fin du système. Il faut que l'ensemble des données soient exploitables
et présentées à tous dans la transparence. La transparence, c'est
le terme qui doit en permanence rester à l'esprit lorsqu'on veut monter
un système informatique qui fonctionne.
SICAR
signifie système d'information des cardiologues. Pour monter un système
d'information, il faut un périphérique, des logiciels qui se trouvent
sur le bureau des cardiologues. C'est le logiciel SICAR, mais aussi
un autre logiciel qui s'appelle CARDIOLITE, et des tas d'autres logiciels
qui existent dans le commerce qui sont parfaitement utilisables par
les cardiologues, chacun prendra le logiciel qui convient à son ergonomie,
à sa perception des choses. L'essentiel, c'est que tous ces logiciels
créent un fichier à un même format et que tous les éditeurs de logiciel
s'engagent à utiliser ce standard, pour que ce fichier puisse être
transmis par voie téléphonique vers un concentrateur de données, c'est-à-dire
vers un autre ordinateur qui va récupérer ces informations pour les
analyser.
Pour
mettre en place ce système il faut motiver les cardiologues, en essayant
d'apporter un système qui soit convivial et d'apprentissage rapide
en raison du manque de temps.
Nous
avons donc mis en place des outils qui leur permettent d'aller assez
rapidement. Les plus classiques sont la souris et le thesaurus de
façon à ce que le médecin n'utilise pas le clavier, c'est-à-dire tous
les termes qui existent déjà et où on n'a plus qu'à les cliquer pour
les emmagasiner à l'intérieur de logiciels,. Mais il existe aujourd'hui
d'autres outils comme la reconnaissance vocale, et avec des systèmes,
type IBM ou Dragon, qui fonctionnent et qui commencent à devenir très
performants, notamment pour la dictée des courriers.
Mais
la reconnaissance de l'écriture, non pas au travers de tablettes,
mais plutôt au travers de petits "organizers" comme le Palm
Pilot ou les appareils compatibles Windows CE qui vous permettent
de transférer les données, et de les noter. Ce sont des systèmes qui
vont être présentés assez prochainement, et qui vont fournir des éléments
extrêmement importants pour l'utilisation.
En
cardiologie, les cardiologues sont très vite passés à l'informatisation
de leur secrétariat, ils sont tous équipés d'informatique et ce depuis
longtemps.
Plus
de 90-95%, probablement sinon la totalité d'entre eux ont des ordinateurs
dans leur cabinet, s'en servent essentiellement pour la partie traitement
de texte ou comptabilité. Les cardiologues n'ont pas peur des outils,
ils ont des échographes, ils ont l'habitude de l'informatisation.
Environ
40 % des cardiologues ont des modems, ce qui est déjà assez considérable.
Et 25 % se déclarent internautes habituels. C'est très important,
le décollage est fait. La phase de tatonnage est loin derrière nous,
nous sommes en phase de décollage rapide. Dans les deux ans qui viennent,
la très grande majorité des cardiologues, sera branchée sur Internet
et pourra transférer ses données.
En
termes de gestion de fiches patients, les estimations courantes donnent
15 %. Ce qui est très important. C'est-à-dire que sur 3 500
cardiologues, plus de 500 gèrent aujourd'hui leurs fiches patients
sur ordinateur.
Nous
avons donc dès à présent la possibilité de pouvoir exploiter ces données
à condition que ces données puissent être transmises et que l'ensemble
des logiciels se soient mis à fabriquer ce fameux fichier standardisé,
unique que tout le monde peut récupérer.
Parmi
ces médecins qui gèrent leur fichier patients, il n'en existe que
le tiers qui le gère de façon suffisamment élaborée pour qu'on puisse
en faire une analyse épidémiologique. Pour la majorité des médecins,
ils se contentent d'avoir une lettre, une fiche signalétique, la comptabilité
et de temps en temps une ordonnance.
Mais
si on veut pouvoir exploiter des données épidémiologiques, en posant
des questions de type : "ce patient est-il tabagique ?
est-il hypertendu ? quel est son diagnostic ? etc., des
données qui demeurent simples, alors ce sont moins de 5 % des
cardiologues qui fonctionnent sur ce mode là, soit un peu plus de
150 à 200.
Notre
problème est la communication. Nous avons mis en place des outils
de communication qui sont aujourd'hui assez puissants, qui appartiennent
à ces associations, et exclusivement à ces associations, mais malheureusement
ça n'appartient qu'aux associations, et tous les gens qui travaillent
dans ces associations ne font que passer au service de ces outils
de communication qui sont puissants comme le journal Le Cardiologue,
comme le journal faxé qu'on a mis en place aussi pour communiquer
avec des pays européens.
Nous
avons créé une association de cardiologues libéraux européens pour
communiquer ensemble. Nous organisons des séances de formation, des
congrès, où là aussi nous essayons de communiquer, que ce soit entre
cardiologues et autres spécialités, par un collège des spécialistes,
entre spécialistes et généralistes, mais également à l'échelon européen.
Les associations locales relaient ce message, puisqu'elles sont toutes
partie prenante dans ces organisations, les syndicats régionaux aussi.
Mais
le vrai problème est celui de l'exploitation des données qu'il faut
transférer sur le concentrateur. Celui-ci peut recueillir les données
par deux voies différentes :
- la
première c'est la voie téléphonique normale. Les modems des deux
ordinateurs communiquent et les données sont transférées ;
- la
deuxième possibilité, c'est que ce concentrateur soit un serveur
Web, c'est-à-dire un ordinateur mis sur le réseau Internet. Les
fichiers sont envoyés comme des fichiers joints sur cet ordinateur,
qui va ensuite les collecter. C'est une technologie qui fonctionne
depuis longtemps, qui ne pose aucun problème pour personne. C'est
très simple en termes de formation, c'est très simple en termes
techniques et ça n'est pas coûteux.
La
motivation est aussi entretenue par le retour de l'information. Si
vous envoyez des informations à fonds perdus, il est évident qu'il
y a une démotivation. Cette information doit revenir vers le médecin
pour qu'il puisse évaluer sa pratique à l'ensemble de ses confrères.
Nous
parlions précédemment de réseaux et de régions. C'est une bonne chose
d'uniformiser la pratique d'un réseau, de créer des référentiels,
mais ils ne peuvent pas être régionaux. Bien sûr ces référentiels
doivent subir quelques adaptations régionales, surtout en fonction
des moyens qui sont mis à la disposition de ces régions, mais ils
doivent avoir des bases et des raisonnements nationaux. C'est par
des recueils de ce type qu'on pourra essayer d'apprécier un petit
peu les pratiques. La vérité aujourd'hui est une vérité non pas universelle,
mais au moins mondiale. L'information est une information mondiale,
la recherche est une recherche mondiale.
L'anonymisation
est fondamentale. Le médecin n'a pas envie d'être surveillé. Comment
créer un réseau anonyme ? C'est très simple, il nous faut un
tiers de confiance, les Unions pourraient assurer ce rôle. C'est-à-dire
que l'Union va être détentrice du numéro de boîte aux lettres et du
nom correspondant, car il faut bien à un moment que quelqu'un puisse
faire la relation s'il y a des problèmes techniques.
Le
serveur du syndicat, en particulier de la cardiologie libérale, lui
ne connaîtra pas le cardiologue qui lui envoie les informations. Il
ne connaîtra qu'un numéro de boîte aux lettres, et il répondra à cette
boîte aux lettres. Mais le médecin qui envoie ses informations, en
aucun cas ne peut être connu, et ce sont les représentants de la médecine
libérale, les unions professionnelles qui sont détenteurs et garants
de ce secret, et le médecin lui n'est pas surveillé, en revanche il
peut recevoir les informations et les comparer à ce qui se passe à
l'échelon national.
L'exploitation
des données : il peut s'agir d'un suivi économique des actes
qui sont pratiqués, donc la consommation en honoraires ; la consommation
en prescription : quels sont les médicaments qui sont prescrits ?
Pour les spécialistes, est-ce une prescription induite ? c'est-à-dire
un conseil thérapeutique qui est donné à un médecin correspondant.
Ou est-ce que c'est une prescription effective ? le cardiologue
a-t-il effectué lui-même sa prescription ?
La
première chose qui importe aujourd'hui, ce n'est pas d'analyser et
d'en tirer des conclusions, c'est d'observer et de voir quelles sont
les pratiques. Je ne vois pas qui pourrait avoir peur de la vérité,
les cardiologues tout au moins, souhaitent fonctionner dans la transparence,
nous sommes très tranquilles sur la qualité de nos pratiques. Si nous
sommes sûrs de notre qualité, nous ne devons pas avoir peur des outils
qui sont transparents, l'informatique n'est jamais qu'un outil d'appréciation
et de recueil.
En
ce qui concerne les coûts, ce n'est pas le matériel qui est important :
l'achat d'un matériel, le montage d'un système, d'un serveur Web,
etc., sont des investissements un petit peu uniques. Le vrai problème
et le vrai coût, c'est le temps de formation du médecin. Il faut le
former, lui donner les informations téléphoniques, lui assurer une
hot line, pouvoir le dépanner en cas de problème, répondre
à ses questions quand elles surviennent, tout cela est très coûteux.
Les
véritables problèmes de coûts se trouvent dans la maintenance et dans
toute cette gestion du service, et pas du tout en termes de matériel.
Le
problème qui demeure encore aujourd'hui : c'est la fiabilité
de ces systèmes. Qu'il s'agisse de Windows 95 ou 98, nous avons des
bogues à répétition. Sans arrêt nous sommes coupés, sans arrêt nous
avons des problèmes de réseau. Un de mes amis comparait l'informatisation
à l'automobile dans les années 50 : lorsque l'on achetait des voitures,
nous avions des manivelles pour relancer, aujourd'hui ça n'existe
plus, eh bien pour l'informatisation, s'il n'y a plus aucun doute
et si tout le monde va s'équiper, il faut encore savoir que cette
fiabilité n'est pas parfaite et que nous sommes au stade de la manivelle,
avec beaucoup de relances, de reset, de petits trucs pour le faire
fonctionner.
Attention
aussi aux virus ! Nous nous envoyons un nombre considérable de
virus par Internet.
Après
trois ans de travail vraiment considérable, nous avons mis en place
cet outil, qui n'est jamais qu'un outil mais qui est très important.
Nous disposons aujourd'hui d'un serveur BBS, c'est-à-dire un serveur
sur le réseau commuté, un serveur Web. Nous aurons un panel plus que
représentatif puisque près de 300 cardiologues seront connectés.
Bien
entendu, pour avoir une efficacité en termes de remontée d'informations,
il faudrait que l'ensemble des cardiologues soit équipé. Nous sommes
encore loin des 3 500 mais nous savons que nous venons de décoller,
même si nous sommes loin d'avoir atteint l'asymptote.
C'est
vraiment maintenant un travail de 2-3 ans, mais si nous voulons un
jour résister aux pressions, et si nous voulons défendre réellement
l'exercice de nos pratiques, il nous faut des outils et des outils
modernes.
M.
Jean-Pol DURAND :
Je
remercie le docteur Sébaoun pour la limpidité et la rapidité de son
exposé.
Peut-être
connaissez-vous Jim Clarck ? pas le pilote automobile des années
50, mais l'inventeur de Netscape qu'il a depuis revendu. Il vient
de se lancer dans la santé en créant la société Healthsame. Il a inauguré
la semaine dernière à San Francisco un workshop qui réunissait
les 300 patrons de sociétés savantes diverses américaines, à
l'occasion duquel il a présenté lui-même parce qu'il a fait une étude
sur "Internet et les médecins".
En
1997, 10 % des médecins américains allaient surfer sur le net.
Fin 1998, il y en avait 85 %. Je suis donc vraiment impressionné
par le chiffre de 25 % de cardiologues qui vont sur Internet.
Mais globalement, le chiffre de 100 % du corps médical utilisant
Internet a été atteint aux Etats-Unis en 1998. Rendez-vous compte
du rythme potentiel d'évolution.
Ce
que j'observe c'est que les cardiologues sont à peu près équipés,
parce qu'avec vos 300 médecins, je suppose que vous êtes en train
de nourrir la base de données de statistiques qui seront utiles pour
demain, pour évaluer la valeur ajoutée des réseaux, qu'ils soient
sur l'insuffisance cardiaque ou sur d'autres thématiques.
Dr
Alain SEBAOUN :
Absolument,
c'est aussi un aspect important de notre démarche syndicale. Le réseau
de soins, c'est un de nos objectifs et je crois que lorsqu'on va établir
les référentiels à partir de publications internationales des réseaux,
ceux qui se font notamment en Allemagne, à partir des guides lines
qui sont faits par la société européenne et par la société française
de cardiologie, mais aussi bien sûr à partir des données récupérées
et qui sont la pratique des cardiologues. Gérard Lyon disait :
"Je ne sais pas si un universitaire sait ce que c'est la médecine
de ville". Je suis sûr que l'universitaire ne sait pas. La
façon de gérer un insuffisant cardiaque en ville avec toutes les composantes
humaines que cela représente, doit être prise en compte.
Lorsque
nous allons établir nos référentiels, il est évident que nous nous
appuierons sur cette évaluation et ces données statistiques. C'est
pour cette raison que l'état des lieux est absolument capital. Nous
avons toutes les raisons de nous méfier des référentiels établis à
partir de données universitaires, ou à partir de résultats d'études
dont on sait qu'elles ne représentent que 5 % d'une sélection
de patients, sans omettre que les grands essais sélectionnent les
patients.
M.
Jean-Pol DURAND :
Bien,
des questions, des remarques ?
Dr
Marc-Alain ROZAN :
Je
voulais rebondir sur ce qui a été dit à l'instant sur la nécessité
d'avoir des référentiels à partir de pratiques des professionnels.
En obstétrique nous avons monté ce réseau de professionnels publics
et privés en France, mettant en commun les données de 150 maternités
qui participent sur 800 en France, et qui donne un référentiel public
et privé confondus. Et à ce moment là, il n'y a plus de biais d'échantillonnage
et on a effectivement les pratiques professionnelles communes. Nous
procédons à l'interrogation de la base de données par Internet, nous
avons donc, je pense, une démarche parallèle concordante.
M.
Jean-Pol DURAND :
Le
docteur Alberto Jussmann est chirurgien gynécologue accoucheur libéral,
et va nous faire un tableau un peu prospectif de l'année ou 85 % des
médecins français iront surfer sur Internet.
Docteur
Gérard LYON
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