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ACTES
DEUXIEME JOURNÉE
SANTÉ PUBLIQUE ET MÉDECINE LIBÉRALE
La
formation à la recherche Dr Jean-Pierre AUBERT
Je
suis médecin généraliste au pied de la butte Montmartre, et membre
fondateur du réseau ville-hôpital Paris/Nord. Je représente aujourd'hui
le GERVIH, le Groupe d'Etudes et de Recherche Ville Hôpital, qui est
un regroupement de réseaux qui s'intéresse aux questions de recherche.
Je
vais essayer de répondre à une question en deux parties : est-ce
que les réseaux ont quelque chose à voir avec la recherche ?
et, si la réponse est affirmative, est-il légitime d'envisager des
actions de formation pour la recherche ?
Il
y a un certain nombre de contraintes qui nous permettent de parler
de recherche et de réseau. Ce sont des contraintes plutôt négatives.
En
premier lieu, il faut savoir qu'un réseau, est un groupe de professionnels
de santé regroupés autour d'un problème sanitaire particulier, mais
qui par définition est hétérogène, sinon ce n'est pas un réseau. Il
faut qu'il y ait des travailleurs sociaux, des infirmiers, des kinés,
des médecins, des médecins hospitaliers, un certain nombre d'acteurs,
tous différents, et cette hétérogénéité n'est pas forcément un atout
pour la recherche.
Ensuite
l'objectif initial d'un réseau c'est en général de répondre à une
problématique de soins. C'est parce que Bernard ELGHOZI ne rencontrait
pas la réponse aux questions de soins qu'il se posait qu'il est allé
chercher d'autres professionnels. Il s'agissait donc de coordonner
des soins, et, la recherche n'est pas apparue comme un objectif premier
des réseaux.
Les
circulaires de 1991 et de 1994, qui ont été travaillées et rédigées
par les gens de la DGS, avec une très grande compétence, ne comportent
nulle part le mot "recherche".
Enfin,
si on regarde les financeurs des réseaux, ce sont des institutionnels,
type DGS, DDASS, conseils généraux, des financeurs publics qui ne
sont pas naturellement disposés à financer la recherche. Nous devons
donc affronter un certain nombre d'obstacles.
A
quoi peut servir la recherche dans un réseau ? Je propose trois
réponses à cette question :
Dans
tous les cas, pour ces trois types de projet, la recherche doit être,
tout comme la formation décrite dans l'exposé de Bernard ELGHOZI doit
servir à faire se rencontrer les gens, la recherche doit être un prétexte
à un travail collectif, c'est-à-dire à la coordination des uns avec
les autres.
Abordons
maintenant de plus près ces trois types de problématiques :
- Le
premier type, c'est la recherche médicale.
La
recherche médicale ne mobilise et ne valorise par définition que
les médecins. Evidemment la recherche médicale est rarement tournée
vers la problématique des pharmaciens ou celle des infirmières libérales.
Telle
qu'on l'entend habituellement la recherche médicale pose des problèmes
dont les enjeux sont assez vastes et en général un réseau est une
structure trop petite pour pouvoir répondre à une question de recherche
médicale ou de recherche thérapeutique. J'aurais donc tendance à
conclure que la recherche médicale n'est pas un bon support pour
un projet de réseau parce que ce n'est pas un support interdisciplinaire.
En
revanche, il est évident qu'un dispositif de réseau est lui un très
bon support pour la recherche médicale. Imaginez le regard d'un
grand laboratoire pharmaceutique qui s'occupe d'infection par le
VIH sur un certain nombre de réseaux qui choisissent de se regrouper
et de faire de la recherche. Ce laboratoire va trouver là des gens
compétents, qui ont une clientèle, qui ont un recrutement, et bien
évidemment, la coordination des réseaux est un outil important de
la recherche médicale.
- A
présent la question de l'identification d'un problème de santé.
Un
réseau permet de découvrir un problème sanitaire et de le décrire
sous différents angles professionnels. Le regard des médecins, celui
des infirmières ou celui des assistantes sociales sur un même problème
de santé n'est pas identique, et donc le réseau est adapté pour
éclairer d'un jour nouveau des problématiques qui seraient découvertes.
Ces problématiques ont l'avantage de pouvoir être repérées par un
seul réseau. On peut très bien lancer un projet de recherche en
identification de besoins de santé sur un seul réseau s'il est suffisamment
grand pour ça. Ce type de projet permet de valoriser l'ensemble
des professionnels impliqués. L'identification d'un problème sanitaire
correspond donc bien à la problématique des réseaux.
- Troisième
type de problème : l'efficience du réseau.
Quand
on veut mesurer l'efficience du réseau, nous devons nous demander
quel est l'apport spécifique d'un réseau par rapport à son absence.
S'il n'y avait pas de réseau, on ferait ceci ou cela et ça coûterait
tant. Le réseau apporte ceci et cela, ça permet de prendre ceci
ou cela mieux en charge, et ça coûte tant. On l'espère moins cher
il n'est pas impossible que ce soit plus coûteux. En tout cas, pour
mesurer l'efficience d'un réseau, il faut utiliser des outils de
recherche qualitatifs qui sont extrêmement difficiles à mettre en
uvre.
Je
voudrais maintenant aborder la deuxième question :
Est-ce
qu'une formation à la recherche est possible et quel pourrait alors
être le rôle des URML dans le cadre des réseaux ?
- En
premier lieu la question de la recherche médicale et de la formation
à la recherche médicale. Deux
types d'objectifs peuvent être donnés à des projets de formation dans
le domaine de la recherche médicale pour les médecins libéraux.
- Premier
type : la formation des gens à la méthodologie des essais
Plusieurs
formations y répondent sur le marché actuellement et la plupart
sont des produits universitaires. Lors d'une inscription à une
formation sur les essais thérapeutiques, vous bénéficiez d'une
formation à la méthodologie. C'est très intéressant et très important,
mais ça n'est qu'une partie de la recherche, parce que les méthodologistes
ne sont pas les seuls à faire de la recherche, il y a les investigateurs
qui sont l'immense majorité des médecins de terrain qui fabriquent
la recherche et qui recueillent les données.
- Deuxième
type de projet: la formation au métier d'investigateur.
C'est
à ma connaissance très rare, mais il existe quelques formations
au métier d'investigateur. A mon avis si des outils de formation
doivent être ciblées, c'est sur ce secteur là qu'il faut chercher.
Ce n'est pas du tout théorique : comment faire lorsque l'on est
dans son cabinet pour proposer un effet thérapeutique à un patient ?
Comment faire pour stocker des médicaments ou pour participer
à un tirage au sort ? Toutes ces questions, purement techniques,
sont des vraies questions, et auxquelles les gens doivent être
formés pour participer correctement et appliquer les bonnes pratiques
cliniques.
- Pour
la question de l'identification des problèmes de santé, il existe
de la même façon deux types d'outils :
-
les
outils théoriques sont les outils de la recherche épidémiologique,
et des professionnels doivent probablement être formés à l'utilisation
de ces outils, il faut leur donner la capacité de les utiliser
dans le cadre du réseau, c'est le premier type d'objectif de
formation.
-
Deuxième
objectif de formation moins théorique, la formation de l'ensemble
des acteurs du réseau.
Il
faut donc organiser des actions de formation multidisciplinaire
pour devenir de bons investigateurs. C'est une question assez
technique, beaucoup plus difficile que la formation des investigateurs
médicaux puisqu'il s'agit d'apprendre à tous à recueillir de l'information
scientifique, d'apprendre à des travailleurs sociaux, des infirmières,
des kinés à recueillir leur part d'information dans le domaine
du réseau.
A
ma connaissance ni pour le premier objectif, ni pour le second,
il n'existe actuellement sur le marché de produit de formation.
- Enfin,
dernier secteur : la mesure de l'efficience.
Peut-on
former à la mesure de l'efficience ? Ma réponse est plutôt négative
car cela pose des problèmes théoriques et éthiques extrêmement délicats.
Il ne faut probablement pas que les acteurs d'un réseau s'observent
et s'évaluent eux-mêmes. Cela suppose donc l'intervention de spécialistes
externes.
Donc,
quelle est la place éventuelle des Unions régionales dans la formation
à la recherche dans le cadre des réseaux ?
Soit
les Unions restent dans l'expectative, soit elles prennent des risques.
Dans les deux cas elles peuvent avoir un rôle positif.
Si
elles restent à leur place, cela signifie qu'elles s'occupent des
médecins. Elles peuvent former des médecins libéraux à la méthodologie
des essais. Des produits de formation existent déjà sur le marché
mais il est toujours possible d'en créer d'autres. Dans ce cas, on
vise peu de médecins à former et on choisit évidemment des formations
longues, parce que la formation à la méthodologie de la recherche
est difficile et que cela demande un vrai investissement.
Les
médecins peuvent être formés aux outils épidémiologiques, mais il
est aussi possible de proposer aux médecins de faire de la recherche
épidémiologique et alors ils sont formés aux outils méthodologiques
de l'épidémiologie.
De
la même façon peu de médecins formés mais formations longues.
Enfin
un type de produit de formation qui aurait beaucoup de succès et qui
serait innovant : la formation au métier d'investigateur. De nombreux
médecins peuvent être formés avec des sessions relativement courtes.
Si
maintenant les Unions régionales prennent des risques, elles peuvent
choisir de donner de l'argent à des personnes qui ne sont pas médecins,
alors que ce n'est pas la raison d'être des Unions régionales de médecins
libéraux. Elles doivent alors financer des projets de formation à
la recherche dans un cadre multidisciplinaire, et en ce cas les premiers
objets sont les formations des acteurs à l'épidémiologie et au métier
d'investigateur de terrain. Ce serait une mini-révolution, cela prouverait
que les Unions auraient compris que les médecins ne sont pas seuls
dans le monde même si les ressources des Unions viennent uniquement
des médecins.
dernier
objectif : le financement de la recherche
La
recherche n'étant pas prévue par les circulaires, aucun budget n'est
prévu non plus.
Les
réseaux qui font de la recherche sont perpétuellement confrontés à
ce problème. Les financeurs potentiels ne sont pas très nombreux.
Peu de gens sont disposés à financer de la recherche. L'industrie
pharmaceutique est bien sûr présente et pour les financeurs publics
les acteurs tels que la DGS, les conseils régionaux, les conseils
généraux, la Sécurité sociale, les Mutuelles. Le nombre de financeurs
potentiels n'est pas très élevé, et se compte sur les dix doigts de
la main.
Le
problème c'est qu'à chaque fois que j'ai entendu parler de recherche
dans des réseaux, les gens qui se plaignaient de la difficulté de
trouver des financements refaisaient le même parcours que d'autres
avaient déjà fait. La mise en commun de ce savoir pratique, des stratégies
de financement et des formations à la recherche de financement permettraient
une économie de temps et d'énergie considérable aux acteurs des réseaux.
Intervenant :
Quelle
est la forme de ces réunions ? Est-ce que ce sont des réunions,
est-ce que ce sont des soirées, est-ce que c'est de la formation,
sous quelle forme les gens communiquent-ils ?
Dr
Jean-Pierre AUBERT :
Actuellement,
il s'agit essentiellement de formations d'une soirée, d'une journée
entière, ou de deux journées qui servent à la communication. Les sujets
abordés sont transversaux et intéressent les différentes catégories
professionnelles qui participent aux réseaux.
La
recherche pourrait très bien être un lieu d'échange et un lieu de
structuration du réseau : parce que identifier un problème de
recherche, c'est réunir des gens.
Autour
d'une table des gens qui ne sont pas de la même profession sont rassemblés,
et on leur dit : "Voilà, vous avez des personnes âgées
dans le quartier, il y a un problème d'alimentation, les repas à domicile
ne sont pas satisfaisants sur la ville. Comment allez-vous répondre
à cette question sanitaire de l'organisation des repas à domicile
dans votre quartier ?" Cela peut très bien être un projet
de recherche qui peut être vu sous des angles complètement différents,
par un médecin qui va raisonner en termes de besoins alimentaires,
par une assistante sociale qui va raisonner en termes de : "Mais
est-ce que les gens ont de quoi réchauffer leurs aliments chez eux ?"
ou par un kiné qui va poser la question des apports de calcium ou
autre. La recherche peut servir de "mayonnaise" du réseau.
Elle peut prendre autour de la recherche comme nous savons qu'elle
prend autour de la formation.
Dr
Bernard ELGHOZI :
Un
travail a été fait pour la DGS et la Mutualité Française, il y a trois
ans, sur "le sida, problèmes sociaux, réponses sociales".
Il s'appuyait sur un certain nombre de sites en Ile-de-France, et
s'inscrivait dans la durée avec des équipes. Le passage par un problème
de recherche action a permis à un certain nombre d'équipes de rebondir
et de reformaliser ce qu'ils n'avaient pas fait auparavant. L'expérience
a permis de découvrir que sur beaucoup de sites les gens développaient
des pratiques communautaires, des pratiques en réseaux sans très bien
l'identifier. Travailler un peu dessus, ça leur a permis de réfléchir
sur leurs propres pratiques de se remettre en question et à se réinterroger
sur les pratiques.
Docteur
Jean Pierre AUBERT
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