| Retour Les rapports entre les médecins et les gestionnaires : les méthodes de conciliation / le rôle du conciliateur Laura dAncezune Le passage dun système de distribution des soins à une organisation globale des soins encadrée en termes dallocation de ressources et dautorisations (Ordonnances de 1996), a induit une véritable rupture dans la culture sanitaire française.Jusquau début des années 90, ce que certains nomment " lâge dor " de lhospitalisation privée, quelles étaient les attentes mutuelles des gestionnaires détablissements et des praticiens ?
Ca nallait pas durer ! ! La régionalisation ( création des ARH), la planification ( carte sanitaire, SROS, opposabilité des annexes, nouveau régime des autorisations avec une logique dévaluation, filières et réseaux de soins, coopérations public-privé, réduction des capacités inutilisées), la contractualisation (COM, convention tripartite, lOQR, les remontées dinformations sur les prévisions annuelles dactivité, sur la politique médicale de lES, les sanctions financières en cas de dépassement dactivité, les sanctions juridiques), le nouveau contrôle médical des caisses (nouvelles missions du contrôle médical, évolution prévisible des contentieux financiers), les conditions réglementaires de fonctionnement (sécurité anesthésique, sécurité transfusionnelle, matériovigilance, stérilisation, pharmacovigilance, lutte contre les infections nosocomiales), la mise en place et le rôle dévolu aux CME depuis 1991 ( veiller à lindépendance des praticiens, participer à lévaluation des soins, avis sur la politique médicale de lES, avis sur les prévisions annuelles dactivité de lES), la consécration légale des droits des patients (charte, commission de conciliation, procédure danalyse de la satisfaction des patients), la démarche daccréditation, lobligation faite aux praticiens de procéder à lévaluation individuelle et collective de leurs pratiques professionnelles ( décret du 28-12-99) et lélargissement du champ de responsabilité civile et/ou pénale des gestionnaires et des praticiens (notamment la notion " dimprudence consciente " pouvant être retenue même en labsence dun dommage), ont nécessairement modifié les relations entre médecins et gestionnaires. Au vu de ce contexte, lexercice quotidien du praticien libéral reste encore un exercice individuel et libéral, mais pour combien de temps ?. Létablissement de soins privé à but lucratif nest plus une véritable entreprise libérale depuis longtemps, puisquil ne maîtrise ni sa rémunération, ni son développement, ni sa pérennité. De ce fait, les causes potentielles de différends et de conflits se sont " étoffées " et leur hiérarchisation a changé. On peut classer les sources majeures qui génèrent les conflits en quatre grandes catégories :
Le pourcentage de différends dans lune ou lautre de ces catégories a beaucoup évolué au cours des dix dernières années. Si bien persistent encore des différends dus aux besoins de lego, de lautosatisfaction ou sociaux, besoins individuels ; la satisfaction des besoins de sécurité a pris le dessus, dans une approche plus collective (CME) quindividuelle et concerne autant les praticiens que le gestionnaire, étant tous deux soumis au plan réglementaire et de la responsabilité à une nouvelle donne qui a crée des interfaces incontournables entre eux ( respect des normes réglementaires en matière de ressources matérielles, humaines, organisation et procédures, autorisations, dossier patient, planification au bloc opératoire, fonctions transversales, information du patient, etc). La gestion des différends Un différend naît du non respect
des engagements pris de part et dautre, dune différence dopinion ou de
position, dun défaut de communication sur des faits essentiels concernant
lentreprise, ou de faits relatifs à la prise en charge du patient (administrative,
paramédicale ou médicale). Un différend bien géré peut contenir un potentiel de progrès et damélioration. Mais il devient source de conflit
lorsquil amène les individus à une position de perdant /gagnant : en effet,
si les individus perçoivent la situation en termes de gagnant ou de perdant, il est
probable que leur énergie sera mobilisée pour défendre leur position plutôt que
dessayer de faire un usage constructif de leur différend. Le facteur clé dans
létablissement de relations professionnelles efficaces réside dans la faculté
de communiquer : on estime généralement que parler, écouter, lire et écrire
sont des choses que tout le monde sait faire. Dautant que lobstacle
majeur à une communication interpersonnelle est la tendance naturelle de lindividu
à juger, évaluer, approuver ou désapprouver ce que lautre dit et de répondre
avant même davoir compris. Il faut donc chercher à resituer le différend, lexternaliser pour que chacun le considère de façon objective et que le différend ne constitue plus une situation de gagnant/perdant, mais une situation de recherche de nouvelles alternatives basées sur les deux points de vue qui feront que chacun peut être gagnant. Resituer le différend constitue, donc, une partie de la stratégie de la gestion des différends et même si cette stratégie naboutit pas toujours à laccord de tout le monde, le processus aura permis de faire passer un message fondamental : la volonté de considérer le point de vue de lautre. Méthodes de résolutions des conflits On note qu' il existe toujours deux types de méthodes de résolution des conflits :
Définition : " la conciliation est laction de concilier des opinions, des intérêts. Son résultat est larbitrage, la médiation, le règlement à lamiable des conflits ". Dans les deux cas, la méthode de résolution du conflit doit faire appel aux mêmes techniques : lécoute active, lévaluation du problème, la critique constructive, la bonne exploitation de linformation.
On pourra alors utiliser la
méthode basée sur le" service voulu " et le
" service réalisé " par létablissement ou le[s]
praticien [s] et la mesure de lécart entre le service voulu et le
service réalisé.
Lécoute active ne suffit
pas et il faut souvent aller plus loin. La critique savère parfois nécessaire mais
elle est elle-même source de problèmes. En conséquence, la critique
entraîne une réaction de défense qui empêche lutilisation des renseignements
provenant de la critique et accroît la probabilité de répéter les mêmes erreurs. Il y a donc trois facteurs qui déterminent la réaction de lindividu à la critique.
Ainsi donc, pour aboutir à une critique constructive, écouter est le point clé, prendre le temps dobtenir des informations pour arriver à une réaction spécifique et bilatérale.
Trouver la solution réalisable
dun problème dépend souvent de la possibilité daccroître la valeur
dune idée qui elle-même était en pratique irréalisable. Lexploitation
cimente une équipe : lorsque les praticiens voient que le gestionnaire
exploite leurs idées, il est probable quils aideront à développer les idées et
les projets du gestionnaire, de même que le fait que le gestionnaire les écoute, rend
plus probable la possibilité que les praticiens écoutent le gestionnaire. Le rôle du conciliateur Le conciliateur doit amener les deux parties vers lacceptation dune solution qui réponde à la satisfaction de leurs besoins, en utilisant les techniques de résolution de conflits qui lui permettent de garantir sa neutralité. Lorsquil apparaît nécessaire de faire appel à un conciliateur, parce que les deux parties en présence nont pu aboutir à un accord, il convient dans le choix du conciliateur de respecter une règle essentielle : sassurer de la neutralité de celui qui sera désigné. Le conciliateur peut être un
individu extérieur à létablissement ou désigné à lintérieur de
létablissement. Cependant, les textes
réglementaires ont été rédigés sous le seul angle de leur application au secteur
public ou existe un lien de subordination des praticiens vis à vis de
létablissement et/ou de hiérarchie entre praticiens. Conclusion Les relations entre praticiens
libéraux et gestionnaires détablissements privés subissent une évolution
sensible du fait du nouveau contexte du secteur de la santé. La gestion des différends doit utiliser des techniques adaptées qui préservent dabord lintérêt collectif et dans la mesure du possible les intérêts individuels. Le positionnement de la CME, son rôle, le choix de son président selon des critères définis, la participation de lensemble du corps médical à cette instance, la reconnaissance de sa légitimité par les praticiens et par les directions des établissements sont les garants du développement de relations de partenariat avec les gestionnaires des établissements quelquils soient ( médecins propriétaires, propriétaires non médecins, groupes). Une plus grande lisibilité de la légitimité, du rôle et des missions de la CME doit être recherchée auprès des tutelles tout en appréciant les conséquences que cela induirait en termes dimplication du corps médical dans son ensemble. Madame Laura D'Ancezune |