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JOURNEE "DEVENIR CENTENAIRE CHEZ SOI"
du 17 octobre 2001 :
  ACTES DE LA JOURNEE

 

Docteur Jean-François THEBAUT


LES ENJEUX POUR LA MEDECINE LIBERALE


Le maintien des personnes âgées à leur domicile se heurte pour la médecine libérale en France à la fois aux difficultés de la problématique d'environnement sanitaire et sociologique de ce type de patients mais aussi aux difficultés propres à l'organisation du système de soins français.

1.Organisation spécifique du système de santé français
Il y a en l'occurrence trois spécificités :
     - un secteur institutionnel centralisé avec de nombreux hôpitaux publics de proximité le plus souvent de qualité et des établissements de longs séjours le plus souvent institutionnels ou publics.
     - un secteur libéral fortement développé, avec des médecins généralistes et de médecins spécialistes libéraux de ville, en nombre souvent régionalement important, ce qui est une des grandes originalités du système français. Ces médecins correspondent entre eux depuis toujours, quoi qu'on en dise, en réseaux informels, mais , en revanche, le plus souvent coupés du secteur hospitalier.
     - le secteur hospitalier privé, lucratif, est pratiquement absent de cette thématique, car essentiellement centré sur la chirurgie et l'obstétrique, voire la médecine aiguë spécialisée, mais rarement sur la gériatrie, en dehors d'établissement de moyens ou longs séjours se rapprochant alors plutôt des maisons de retraites.

Le système de santé français est l'un des meilleurs du monde mais aussi l'un des plus onéreux.

2.L'enjeu du maintien à domicile
L'objectif est de garder la qualité des soins, reconnues à notre système, mais en dépensant moins, c'est à dire d'optimiser les dépenses afin de pouvoir garder prospectivement une adéquation entre les allocations de ressources et les dépenses, adéquation de plus en plus difficile à maintenir avec l'augmentation de la longévité et donc de la démographie de ces tranches d'âges de patients.

Il est donc primordial d'améliorer l'efficience de la coordination, ce qui suppose supprimer le cloisonnement entre les différentes institutions hospitalières, structures d'accueil publiques ou institutionnelles et le système de soins ambulatoire libéral. La seule solution qui permettrait cette optimisation des dépenses serait de fondre les différentes enveloppes spécifiques à la ville et à l'hôpital, afin d'augmenter l'allocation de ressources ambulatoire par une économie réalisée sur les coûts très élevés d'hospitalisation.
Il est en effet illusoire de penser possible de diminuer de manière significative les coûts logistiques des prix de journées d'hospitalisation, surtout depuis la mise en application des 35 heures !

3.Forces du système libéral
Les réseaux de correspondances entres les différents professionnels de santé libéraux médicaux et paramédicaux existent déjà, même s'ils sont informels. La médecine libérale est très productive, avec une très forte capacité d'adaptation, les médecins libéraux savent parfaitement s'adapter aux différentes situations. Leurs horaires sont souples et élastiques, ils sont disponibles et ont une forte expérience et une grande conscience de leur rôle " social " même si cette fonction n'est pour le moment absolument pas rémunérée .

4.Les réseaux en gériatrie : quelles sont les attentes des libéraux
Ils attendent avant tout une aide logistique à la mise en œuvre de la coordination et des outils réglementaires facilitant l'intervention de para-médicaux absolument indispensables au quotidien du maintien à domicile.
Ils ont besoin d'information sur les textes, de moyens, afin de mieux appréhender les solutions offertes par les labyrinthes réglementaires .
Ils ont besoin de connaître les expériences positives déjà vécues par des confrères ingénieux, obstinés et efficaces et d'appréhender par leur intermédiaire les pièges et difficultés.
Les médecins ont pour la plupart une grande compétence de pratique quotidienne en gériatrie : mais ils ont besoin d'une expertise supplémentaire qui peut être apportée soit par des actions de FMC, soit par la réalisation de véritables staff médicaux avec des experts spécialistes libéraux ou hospitaliers, soit par des aides télématiques ( qui rentreront peut être dans la pratique prochainement ) …….;
Ils ont besoin de moyen de financement de toutes les activités inhérentes au maintien à domicile qui ne sont pas des actes de soins : élaboration des outils de coordination avec les para-médicaux, éducation des proches et de l'entourage par exemple

5.Quelles sont les craintes des médecins libéraux ?
Les médecins libéraux redoutent une volonté de prise de pouvoir institutionnelle, administrative ou hospitalière.
Les médecins redoutent la mise en place de réseaux compliqués à forte connotation administrative qui tiendrait plus de l'usine à gaz que l'outil pragmatique dont ont besoin les personnes âgées.
Ils redoutent fortement que ces expériences soient une occasion de forfaitisation des honoraires incluant à la fois les actes de soins, le rôle social, la coordination ou la FMC.

 

CONCLUSION :

Les médecins libéraux sont incontournables aux trois niveaux de l'organisation du maintien à domicile des personnes âgées

- Ce sont, avec les paramédicaux, les principaux, sinon les seuls, effecteurs de soins ambulatoires . Ils doivent participer à l'organisation territoriale du système ( CCAS , CLIC …) avec les représentants locaux élus ou administratifs:
- Ils devraient participer à la coordination des soins avec les services des hôpitaux généraux ou gériatriques en tant que relais ou intermédiaires lors de situations aiguës ou instables pour gérer des hospitalisations plus brèves ou le retour à domicile.
Il est primordial d'utiliser les ressources préexistantes que représentent les médecins libéraux généralistes et spécialistes qui apporteront à la gestion de cette problématique difficile, leur dynamisme, leur adaptabilité et leur productivité.